Dès le matin , dans les villages ,
D'après qu'il chante ou pleure , on augure le temps ;
Il est dans les secrets des violents nuages et du ciel qui boude aux horizons latents ;
Il est tout le passé debout sur les chants tristes ;
Mais quels que soient les souvenirs qui dans son bois persistent ,
Dès que janvier vient de finir
Et que la sève en son vieux tronc s'épanche ,
avec tous ses bourgeons , avec toutes ses branches
-Lèvres folles et bois tordus -
Il jette un cri immensément tendu
vers l'avenir .
Alors , avec des rais de pluie et de lumière
Il fixe le tissu de ses feuilles trémières ,
Il contacte ses noeuds , il lisse ses rameaux ;
Il pousse au ciel vaincu son front toujours plus haut ;
Il projette si loin ses poreuses racines
Qu'il épuise la mare et les terres voisines
Et que parfois il s'arrête , comme étonné ,
De son travail muet , profond et acharné .
Emile Verhaeren : L'Arbre . (extrait )
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