Fin mars ils dressent encore sur le ciel qui se colore leurs puissantes silhouettes nues .
Certains arbustes fleurissent déjà de toutes leurs forces .
Tous vont bientôt retrouver leur chevelure de feuillages .
Les centenaires , même dans l'adversité , vont soudain rassembler tout ce qui leur reste de forces pour rajeunir encore uns fois .
Si comme moi vous aimez les arbres peut-être prendrez-vous plaisir comme moi à lire ce petit conte loufoque de Raymond Queneau en forme de poème
Dans la prairie altier marchait un sycomore
il gardait ses moutons au son d'un transistor
balançant son feuillage au rythme des musiques qui jettent à tout vent leurs ondes téséfiques .
Un agneau qui tétait engraissait ses gigots
dit : vieux , voudrais-tu pas éteindre ta radio
ça fait tourner le lait de ma maman brebis
et c'est mauvais pour moi , moi qui suis son petit .
Alors le sycomore prenant son transistor
l'enterra sous ses pieds que l'on nomme racines
c'est pourquoi l'on entend dans les forêts voisines
parfois au fond des bois un petit air de cor .