C'est en flânant dans les rues de Blesle que ce pimpant trompe-l'oeil qui met à l'honneur la petite épicerie d'antan m'avait fait penser à un poème coloré comme le tableau d'un Fauve , et avec une petite pointe d'autodérision en plus . La poésie du quotidien , pour qui sait la voir ...
Le soleil meurt : son sang ruisselle aux devantures ; et la boutique immense est comme un reposoir
Où sont , par le patron , rangés sur le comptoir ,
Comme des coeurs de feu , les bols de confitures .
Et pour mieux célébrer la chute du soleil ,
L' épicier triomphal qui descend de son trône ,
Porte dans ses bras lourds un bocal d'huile jaune
Comme un calice d'or colossal et vermeil .
L'astre est mort : ses derniers rayons crevant les nues
Illuminent de fièvre et d'ardeurs inconnues
La timide praline et les bonbons anglais .
Heureux celui qui peut dans nos cités flétries
Contempler un seul soir pour n'oublier jamais
La gloire des couchants sur les épiceries .
Vincent Muselli .( 1874-1956 ) Les épiceries ( Les masques ) .
Il y avait une épicerie comme cela dans le village de mon enfance .Toute en profondeur , comme une grotte : la caverne d'Ali Baba . On y trouvait de tout , depuis les poireaux détestés jusqu'aux tissus , mais surtout , en vitrine il y avait d'énormes bocaux remplis de bonbons . je me souviens des berlingots bariolés , des nougats , des gros caramels , des boules de gommes et des guimauves ....