Au commencement
Las animaux furent imparfaits
Longs de queue
Et tristes de tête.
Peu à peu ils évoluèrent
Se firent paysages
S'attribuèrent mille choses
Grains de beauté , grâce , vol .
Le chat
Seul le chat
Quand il apparut
Etait complet ,orgueilleux,
Parfaitement fin idès sa naissance
Marchant seul
Et sachant ce qu'il voulait .
Ô petit empereur
Sans univers ,
Conquistador sans patrie ,
Minuscule tigre de salon ,
Nuptial sultan du ciel ,
Des tuiles érotiques
Tu réclames le vent de l'amour
Dans l'intempérie .
Quand tu passes
Tu poses quatre pieds délicats
Sur le sol
reniflant ,
Te méfiant de tout ce qui est terrestre
Car tout est immonde
Pour le pied immaculé du chat .
Oh fauve altier de la maison
Arrogant vestige de la nuit,
Paresseux , gymnaste , étranger,
Chat,
Profondissime chat
Police secrète de la maison !
----------------------
Pablo Neruda . Ode au chat ( extrait )