Que j'aime voir ce marais paisible
Il est tout bordé d'alisiers ,
D'aulnes et d'osiers
A qui le fer n'est pas nuisible .
Les nymphes y cherchant le frais
S'y viennent fournir de quenouilles ,
De pipeaux , de jonce et de glais ,
Où l'on voit sauter les grenouilles
Qui de frayeur s'y vont cacher
Sitôt qu'on veut s'en approcher .
Jamais l'été ni la froidure
N'ont vu passer dessus cette eau
Nulle charrette ni bateau
Depuis que l'un et l'autre dure ;
Jamais voyageur altéré
N'y fit servir sa main de tasse ,
Jamais chevreuil désespéré
N'y finit sa vie à la chasse
Et jamais le traître hameçon
N'en fit sortir aucun poisson .
Saint-Amant . La solitude . ...1617 .