• Vous avez déjà pu lire  quelques extraits des souvenirs canadiens de mon grand-père ( voir ma rubrique Canada 1911 ) .

    En voici un autre passage qui concerne les castors .

    "Je remarquai sur les bords du White Fish Lake de nombreuses huttes de castors .

    La glace était fondue .Ces intelligents travailleurs s'occupaient justement à construire un barrage au déversoir du lac , afin d'en élever le niveau d'au moins deux pieds : peut-être avaient-ils eu quelques difficultés à se ravitailler sous la glace et jugeaient-ils que l'eau n'était pas assez profonde pour vaquer à leurs pérégrinations aquatiques ?

    Quelques uns s'en vont nuitamment couper des arbres sur la rive du lac .Ils choisissent judicieusement la dimension , font des entailles avec leurs dents et savent faire tomber l'arbre du bon côté .Puis ils l'ébranchent .

    D'autres ouvriers , pendant le jour cette fois , les font flotter jusqu'à l'endroit choisi pour la digue ;quand plusieurs troncs se trouvent ainsi réunis sur un haut fond de vase ou de sable , ils les cimentent avec de la terre délayée qu'ils malaxent avec leur queue dont ils se servent comme d'une truelle ...

    Les castors habitent des loges (cabanes ) spacieuses et construites en terre maçonnée .Chaque loge abrite une famille  , le père , la mère , véritables modèles de fidélité conjugale , élèvent leur progéniture avec le plus grand soin .Les petits restent avec les parents jusqu'à ce qu'ils soient en âge de se marier .

    Alors le jeune castor s'en va chaque jour visiter ses voisins pour chercher une petite compagne à son goût , qu'il ne quittera pus jusqu'à sa mort . Le nouveau couple se sépare des parents et va bâtir une nouvelle cabane .C'est ainsi que s'agrandit la tribu .

    Elle semble obéir à un chef et reconnaître son autorité .

    C'est un spectacle charmant de voir jouer ensemble les petits castors .Ils s'amusent comme des enfants .De temps à autre , les parents , qui les surveillent , viennent d'une taloche ou d'un coup de dent  mettre à la raison le jeune turbulent .

    Quand les castors sont au travail , des sentinelles veillent et avertissent leurs compagnons en cas de danger . Les premiers jours , j'avais bien du mal à les approcher .Dès qu'ils m'apercevaient , les guetteurs faisaient entendre des sifflements aigus . Aussitôt toute la troupe , plongeant à qui-mieux-mieux , disparaissait en un clin d'oeil .Peu à peu ils s'habituèrent à ma présence et je pouvais m'asseoir à une cinquantaine de mètres sans les effrayer ."

    Je n'ai bien sûr pas de photos de ces castors .

    Voici cependant un aperçu de la concession que mon grand -père devait défricher au bord du Cold Lake ...

     

     

     

     

     

     

     


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  • Avant de gagner l'Alberta , mon grand-père avait tenu à voir les chutes  du Niagara ...Voici un extraitt de ses souvenirs à ce sujet .

     

    "J'avais tant entendu parler de ces chutes que je ne pouvais manquer de les visiter .

    En sortant de la gare , je demandai à un policeman  le meilleur moyen de voir tout .

    "Tenez , me répondit-il , prenez donc cette voiture de place ,c'est ce qu'il y a de plus commode et de moins cher !"

    Je remerciai l'obligeant policier et je m'installai confortablement sur les coussins .

    Tout doucement on traversa la ville  , puis des promenades splendides .

    Depuis un moment , j'entendais un bruit sourd , lorsque la voiture s'arrêta devant un bazar ."Entrez là , vous trouverez un point de vue superbe  !"

    Je suivis ce conseil et fus aussitôt assailli par de charmantes jeunes filles qui vendaient des souvenirs , des cartes , des oriflammes et mille autres babioles dont je n'avais que faire .

    J'avais beau protester et me débattre , on ne me lâchait pas . Enfin , pour obtenir ma délivrance , je cédai au sourire et au français de l'une de mes tenaces adversaires et lui achetai une épingle de cravate " merveilleuse, montée spécialement pour l'honorable magasin et garnie d'une pierre unique au monde trouvée dans les cataractes ! "

    Ma gentille vendeuse me conduisit alors au fond de la boutique et poussa une porte .

    J'abordai sur une sorte de terrasse et là , appuyé contre une balustrade , je pus admirer dans un nuage de vapeur une quelconque chute d'eau et une haute cheminée d'usine .

    Philosophiquement , je regrimpai dans la voiture .

    Deux minutes plus tard , nouvel arrêt , nouveau bazar .Impossible de passer à côté , il fallait entrer .

    Ce fut le même assaut .On m'offrit d'affreux petits sacs de dame pyrogravés .Je me décidai pour une autre épingle de cravate .Après tout , je pouvais perdre la première en voyage !

    C'était, bien entendu , exactement la même que la précédente et garantie unique en son genre comme l'autre !

    Après avoir déboursé une seconde fois douze francs sans bénéficier du moindre sourire , il me fut permis d'entrevoir un autre coin des chutes  et un grand panneau commercial .

    ." Les Américains , pensais-je , défient toute concurrence pour l'habileté commerciale :ils en arrivent à vendre les paysages au détail ! " 

    Et je continuai l'exploration.

    Six fois exactement mon cheval savant s'arrêta tout seul devant des bazars et six fois j'achetai une épingle de cravate !...J'en avais pour tout le reste de mes jours !

    Enfin , après avoir parcouru les chutes de haut en bas et même être passé au-dessous , je pus les contempler dans leur ensemble .

    Que vous dirais-je ?Vous n'attendez pas que j'engage une lutte discourtoise avec feu  M .de Chateaubriand  .

    Peu de choses ont changé en somme .Il faut toujours se cramponner aux garde-fous , à défaut de rochers et de branches ;le vertige vous saisit et la voix de l'abîme vous appelle .

    Avec un peu d'imagination , et qui n'en trouverait pas en pareil lieu , ces cheminées deviennent des sapins séculaires , ces usines quelques huttes d'Iroquois et ces câbles électriques des lianes.Quant aux carcajous à queue prenante dont parle le grand poète , ils sont sans doute occupés plus loin  dans la forêt , mais ce n'est qu'un détail ! "

     


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  •  

    Aujourd'hui , pour changer , voici  un petit portrait animalier extrait du livre de souvenirs de mon grand-père .

    Il se trouvait au cours de l'hiver 1912 sur les bords du lac Buffalo (Alberta , Canada) en compagnie d'un Indien avec lequel il s'était lié d'amitié  et qui avait insisté pour l'initier à la trappe .

    C'est ainsi qu'il fit la connaissance du sconse .

    " Cette moufette canadienne est de la taille d'un très gros chat : tête fine, effilée , des pattes solides , une grande queue bien touffue. Le corps, noirâtre , est traversé dans toute sa longueur par deux bandes très blanches d'un effet charmant. Le skunks n'est pas méchant ; il pourrait mordre s'il le voulait pour se défendre car il est bien armé . Mais c'est un philosophe pacifique , qui mange ce qu'il trouve et s'endort en famille tout l'hiver .

    Lorsqu'on en rencontre un  , à peu de distance ,il s'arrête et a l'air de vous attendre curieusement . Il n'a pas peur et vous laisse approcher , il fait même mine de venir à votre rencontre tout en se dandinant .

    Vous restez surpris si vous ne connaissez pas le gaillard .Il approche encore, quelle audace , le voici à deux mètres à peine mais il se retourne brusquement et lève la queue ... Le gredin regarde en arrière par-dessus son épaule l'effet qu'il a produit .Il est vainqueur !

    Vous jurez , vous crachez , vous vous frictionnez d'eau de savon  , d'eau de cologne , d'eau de vie ,rien à faire .L'odeur restera de longs jours dans votre chevelure ou dans votre barbe .Quant à vos effets , il n'y a plus qu'à les brûler .

    Ce brave petit sconse vous a simplement vaporisé son parfum personnel et spécial .Ce jet odorant va au moins à cinq ou six mètres .Rien n'y résiste , pas un être vivant ne peut supporter l'odeur exécrable qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer ....Un chien s'y laisse prendre une fois mais ce sera la dernière .Il faut le voir dans cette occasion se rouler à terre en hurlant , se frotter le nez dans l'herbe ou la neige , éternuer, courir comme un fou pendant que le sinistre farceur s'en va tranquillement avec l'air impayable de se moquer du monde .

    Un soir d'été au Cold Lake , ma porte étant restée ouverte , un de ces misérables vint se réfugier dans ma maison .Réveillé brusquement par mes chiens qui aboyaient furieusement auprès de mon lit , je sautai à terre et , ne sachant pas à qui  j'avais affaire , je voulus déloger l'intrus à l'aide d'un manche à balai .Ce ne fut pas long ! Je connus instantanément l'identité du vaurien .Ecoeuré je n'eus d'autres ressources que d'aller faire un plongeon directement dans le lac .Je couchai à la belle étoile cette nuit-là.Le lendemain je dus brûler mon lit et raboter le plancher .Malgré cela , jamais l'horrible parfum ne partit entièrement .

    Le sconse s'apprivoise très bien et devient un gentil camarade , très sociable , aimant être caressé par ses maîtres et ne leur jouant plus jamais de mauvais tour , mais gare aux étrangers qui dépassent les limites de la plus stricte réserve !"

     

    Le sconse (skunks ) .

     

     

     


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